Retrouver son humanité

robot

Le 21ième siècle sera spirituel ou ne sera pas, affirmait Malraux. Ouvrir la voie du sens et de la spiritualité ne pourra pas se faire sans la transformation de la société du matériel en une société de l’immatériel. Nous sommes pour le moment dans la société de l’éphémère, du fast-food, du virtuel, dela génétique. Sans doute devrons-nous passer par une société plus verte pour retrouver le bon sens et développer, comme dans de nombreuses tribus « dites » primitives, une nouvelle forme de spiritualité en lien avec la nature et les être vivants qui la peuplent.

Pour cela il faut transformer et repenser les lois et usages qui régissent nos modes de fonctionnement et d’échanges. Rapprocher notre mode de pensée du mode de fonctionnement de la nature.

Cela touche à nos valeurs, à nos représentations, à nos codes sociaux et à nos peurs. Nous devons acquérir de nouvelles compétences, de nouveaux savoirs en lien avec un environnement complexe et en évolution permanente.

En tant qu’être vivant nous imaginons facilement notre différence avec les machines. A force de vouloir les construire à l’image de l’homme, nous avons-nous-même industrialisé notre mode de vie et de travail. Nous passons une grande partie du temps à communiquer et à travailler face à une machine, qui dès qu’elle se met à dérailler nous met dans tous nos états. C’est dire l’importance qu’elle revêt insidieusement dans notre vie. Nous laissons les machines prendre des décisions à notre place, se substituer à l’homme pour gagner du temps, nous rendre totalement dépendant de leur utilisation. Nous pensons être les maîtres alors que nous devenons au fil du temps les serviteurs. Même les lois de la robotique édictées par le scientifique et écrivain Isaac Asimov ne pourront  nous protéger. Dans quelques années l’homme deviendra bio ionique et perdra le peu de son humanité dans un monde qu’il aura contribué à détruire en conscience.

 

Ce n’est pas la machine qui est à blâmer mais son créateur qui lui prête plus d’attention qu’à la vie elle-même. Si l’intention de départ était louable, en voulant dégager l’individu des tâches pénibles et répétitives, la course à la rentabilité met aujourd’hui les hommes au rebut au profit de machines corvéables en silence.

La course à la rentabilité crée une situation économique absurde. Les machines remplacent les hommes au travail mais ces derniers continuent à procréer de plus en plus de futurs demandeurs d’emplois. Il est tant pour l’homme de reprendre sa place, de développer de nouveaux métiers, de nouvelles compétences et de prendre  sa destinée en main. La science fiction, toujours avant-gardiste sur le sujet, montre comment à force de vouloir créer des robots à l’image de l’homme les sentiments en moins, ceux-ci décident de prendre le pouvoir et de détruire leur créateur. Le manque d’émotion leur permet  d’agir sans remord ni culpabilité. Les esclaves se sont toujours rebellés, pourquoi pas les robots de demain !

D’ailleurs ne sommes nous pas les « robots » modernes d’aujourd’hui enchainés par nos affects et incapables pour le moment de nous approprier notre liberté.

C’est en revisitant les principes du vivant, en s’appropriant les facteurs de durabilité que nous développeront notre capacité à faire face aux aléas du changement et  à choisir notre propre chemin. Nos choix font de nous des hommes. Notre dépendance à la machine peut nous transformer en esclave même si l’on veut nous faire croire qu’elle  nous libère du quotidien.

Le fonctionnement de la nature nous a permis de faire émerger plusieurs facteurs de durabilité transférables dans la vie de tous les jours pour être acteur de sa vie et ne plusla subir. Entant qu’être vivant, et de plus doué d’intelligence, nous avons tous la possibilité de développer et de mettre en œuvre les compétences du vivant. Faut-il  en avoir la volonté et être convaincu de notre capacité à évoluer pour devenir l’artisan de notre trajectoire.

Si l’homme a été remplacé par des robots ce n’est pas pour le libérer mais pour le rendre dépendant de la société de consommation. Plus la dépendance augmente moins il devient capable de décider par lui-même et de se responsabiliser. Sa liberté n’est plus liée à sa capacité d’expression mais à son pouvoir d’achat. D’ailleurs, sous le motif de protéger nos droits à la consommation nous perdons au fil du temps nos libertés individuelles. Nous érigeons des murs et des milliers de caméras contrôlent nos faits et gestes. Nous pourrons plus prendre l’avion sans nous retrouver mise à nu devant un scanner sans âme qui décidera si nous sommes aptes ou pas à circuler d’un pays à l’autre.

La connaissance et la compréhension des principes du vivant sont donc essentielles pour imaginer une posture de vie se fondant sur de nouvelles pratiques dites « écologiques » telles que la coopération, la préservation, l’innovation, la reliance, l’interdépendance, la flexibilité et l’association. En tant qu’organisme vivant nous devons pour survivre, à l’instar des groupes structurés comme les abeilles et les fourmis, mettre en œuvre des caractéristiques fondamentales des systèmes vivants. Ces quatre facteurs de durabilité, traduits dans le cadre de l’individu mais aussi de la cellule familiale sont :

Rester en contact et en lien avec les évolutions de son environnement,

Innover d’autres modes de fonctionnement et d’actions,

Partager et se réorganiser pour s’ajuster aux situations de changement.

Les individus seront d’autant plus vivants et apprenants qu’ils seront capables de développer, de manière adaptée, ces quatre facteurs de durabilité et d’ajustement.

Plutôt que de fabriquer des robots de plus en plus intelligents et autonomes,  faisons le choix de rester vivant et apprenons à nous renouveler et à penser et agir par nous-mêmes.

2 réponses à Retrouver son humanité

  1. Puisqu’on parle de robot, je me souviens avoir lu je ne sais plus où que selon une étude très sérieuse, les robots (pour particuliers) seront au 21e siècle ce qu’on été les voitures au 20e. Ca en dit long… Merci pour l’article

    • Francis Karolewicz dit :

      La voiture a permis de relier plus rapidement et plus loin les hommes entre-eux. Je ne suis pas sûr que le changement apporté par la révolution des robots améliore notre Humanité, notamment celle que l’homme cache parfois au plus profond de lui-même.

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